Baldur’s Gate 3 : vingt ans plus tard, les épées ont toujours la côte

Vingt ans. C’est le temps que les fans de Baldur’s Gate auront du attendre avant de pouvoir découvrir la nouvelle itération de cette incarnation vidéoludique de l’univers de Donjons & Dragons, le célèbre jeu de rôles sur table inventé dans les années 1970 par Gary Gygax et Dave Arneson. Trois générations de consoles et tout autant de générations de cartes graphiques plus tard, c’est aux britanniques de Larian Studios que revient l’honneur de donner une troisième vie à cette saga et qui de mieux que les développeurs à l’origine de la franchise mondialement reconnue Divinity : Original Sin pour créer ce qui s’annonce comme l’ultime jeu de rôles occidental. Mais l’attente n’est pas encore terminée car c’est seulement à travers un accès anticipé que les joueurs peuvent aujourd’hui remettre un pied dans les Royaumes Oubliés. Un accès anticipé qui démontre tout autant la passion de Larian Studios pour cet univers que l’étendue du chemin qu’il reste à parcourir.

Baldur’s Gate 3 est disponible actuellement en accès anticipé ce qui signifie que le jeu n’est pas terminé non seulement en terme de contenu mais également d’un point de vue technique. Le jeu accuse de très nombreux bugs d’affichage, des bugs affectant la caméra ou encore le gameplay lui-même. Cet encart spécifique sera mis à jour aussi régulièrement que possible pour refléter au mieux l’état actuel du jeu.

Larian Studios a déployé chaque jour différents hotfixes pour corriger certains problèmes comme le fait de pouvoir voler les marchands en s’équipant directement de leurs marchandises ou – plus important – des crashs survenant à certains moments clés. L’instabilité du mode multi-joueurs a été également améliorée. Un premier patch, plus gros que les hotfixes, a été déployé le 13 octobre et corrigeant de nombreux problèmes. Nous vous invitons à vous rendre sur cette page pour découvrir les derniers correctifs apportés.

Down, down, down, by the river

Vous ouvrez les yeux, encore à moitié étourdi. Avez-vous dormi ? Etiez-vous évanoui ? Vos idées sont confuses mais la réalité se rappelle très vite à vous et si jamais vous dormiez, c’est bel et bien maintenant que le cauchemar commence. Vous êtes à bord d’un Nautiloïde, ces imposants vaisseaux utilisés par les Illithids pour voyager à travers le Plan Astral. Vous n’êtes pas le seul à avoir été capturé. Dans l’incapacité totale de bouger, vous ne pouvez qu’assister, effrayé, à un horrible spectacle : un des flagelleurs mentaux à bord introduit une de ses larves dans l’oeil de votre voisine. Et comme vous vous en doutez très vite, il se tourne alors vers vous. C’est à votre tour.

Heureusement pour vous, même si c’est un peu tard – vous voilà en train de partager votre cerveau avec un parasite – le destin s’en mêle. Le vaisseau subit une attaque des Githyanki, une race qui se trouve être un ennemi naturel des Illithids. Alors que vous êtes libres de vos mouvements, vous faîtes équipe avec celle qui était votre colocataire de prison quelques instants auparavant – une Githyanki du nom de Lae’zel – pour vous échapper de ce vaisseau maudit. Une cavalcade qui se terminera par une course poursuite épique à travers les mondes et un crash mémorable sur une plage lointaine et abandonnée. Après que vous ayez repris vos esprits, il sera grand temps de vous concentrer sur votre unique objectif désormais : trouver un guérisseur le plus rapidement possible afin de retirer de votre cerveau la larve qui s’y trouve avant que vous ne soyez vous-même transformé en flagelleur mental. Un destin bien funeste qu’il est préférable d’éviter mais heureusement, si vous le souhaitez, vous croiserez cinq acolytes prêts à vous rejoindre.

Pour y parvenir, vous n’avez pas trop le choix, il vous faudra bien trouver une solution en explorant les territoires qui s’étendent devant vous. Sans vous divulguer la moindre information à propos de l’histoire de ce premier acte, sachez que votre épopée vous mettra sur la route de nombreux personnages qui pourraient avoir besoin de votre aide. Les terres où vous vous êtes échoué sont en proie à différents problèmes et de nombreuses menaces. En plus, l’épée de Damoclès dans votre tête vous fait faire des rêves étranges la nuit sans parler des pouvoirs que cela vous octroie et du poids que cela représente de savoir qu’à tout moment, vous pourriez vous transformer en flagelleur mental. Les enjeux sont bien là et même si on attendra surtout les chapitres suivants pour avoir un quelconque avis sur le scénario, on a très envie de découvrir la suite de l’histoire et où nos décisions pourront bien nous mener.

Loin des jeux de rôles et d’aventure où le héros sauve obligatoirement tout le monde, vous déciderez en toute liberté du chemin que vous voulez prendre. Vous pouvez suivre uniquement votre objectif principal quelqu’en soit le prix ou apporter votre aide lorsque vous rencontrez des personnes en danger ou lorsque vous vous retrouvez confronté à une situation que vous jugez inacceptable. C’est là la plus grande force de Baldur’s Gate 3 : vous proposer une liberté impressionnante et un choix aussi tentaculaire que ces êtres immondes qui ont mis votre vie en danger. Bien sûr, il y aura toujours des étape obligées : l’histoire a un début, une fin et des évènements inévitables. Mais dans les innombrables mailles tissées entre tout cela, votre chemin sera, lui, unique.

Donjons et Dragons, choix et conséquences

Parmi les innombrables décisions que vous aurez à faire tout le long de votre aventure, l’une des premières est celle du personnage que vous allez incarner. Pour les débuts de ce troisième épisode de la série, les développeurs proposent déjà une liste conséquente de possibilités. En tout, seize races et leurs dérivés peuvent être sélectionnées de l’Humain au Nain en passant par les Elfes, les Tieffelin ou les Drow. Vous devez également sélectionner une origine à votre héros, un élément qui déterminera son passé, son histoire et ses ambitions personnelles. Là encore le choix est vaste et surtout varié. Vous pouvez être un artisan, un criminel, un héros du peuple ou encore un ermite, un garçon des rues… bref, treize origines différentes s’offrent à vous pour façonner le personnage que vous allez incarner. A noter que, comme dans Divinity : Original Sin, des choix pré-définis seront possibles mais indisponibles dans cet accès anticipé. Ces origines construites de toutes pièces seront intéressantes car elles proposeront au joueur un scénario plus poussé par le biais de cinématiques et de choix de dialogues uniques.

En tout cas, les possibilités sont déjà assez vastes et vous pourrez créer des avatars qui collent tout aussi bien aux clichés de la fantasy que des avatars complètement originaux. Toutefois, les plus pointilleux regretteront qu’en parallèle de ces multiples variantes qui touchent principalement au scénario et au gameplay, la personnalisation purement physique n’est pas assez poussée. Deux voix masculines et féminines, cinq visages par race, une trentaine de coupes de cheveux mais surtout aucun curseur qui permet d’affiner la taille du menton ou des yeux, l’orientation de oreilles, etc. Des éléments qu’on retrouve pourtant dans beaucoup de jeux de rôles mais qui manquent ici à l’appel. Le choix est clairement délibéré de la part des développeurs car en contre-partie, cela permet d’offrir aux joueurs une aventure intégralement doublée et dotée d’une modélisation des personnages extrêmement poussée. Que ce soit vos propres personnages, vos compagnons ou même les protagonistes secondaires, tous bénéficient d’un grand soin ce qui permet de donner aux nombreux dialogues un côté cinématographique qui a beaucoup de classe. On s’éloigne de ce que Larian Studios a pu faire par le passé pour se rapprocher de ce que d’autres jeux de rôles occidentaux ont déjà faits de leur côté même si cela signifie que la mise en scène reste assez neutre.

Au-delà de ces considérations visuelles, l’autre choix important qui vous incombera dans ces premières minutes est celui de votre classe. Êtes-vous plutôt du genre à vous jeter dans la mêlée ou à étudier le terrain de loin ? Préférez-vous les armes blanches ou la magie ? Il existe six classes actuellement dans cette version préliminaire ce qui permet déjà de s’amuser avec des possibilités radicalement différentes. Que ce soit en tant que Guerrier, Rôdeur ou Roublard, ou bien en tant que Clerc, Magicien ou Démoniste, vous trouverez sans aucun doute chaussure à votre pied. Mais il faut savoir également que le choix de la classe influe sur les caractéristiques de votre personnage et sur ses capacités. Ainsi, en tant que Rôdeur par exemple, vous pouvez vous attribuer un type d’ennemis jurés – ce qui vous procure une expérience accrue et certaines capacités innées – ainsi que des connaissances qui vous permettent de lutter plus efficacement contre le froid, le feu ou le poison, entre autres. En tant que Magicien, vous avez carrément le choix de vos sorts par défaut ce qui permet de vous orienter vers un personnage DPS magique ou plutôt vers un personnage de support.

Jeu 3D et jet de dé

On le voit ainsi dès le début, Baldur’s Gate 3 est un très beau jeu. Non seulement les visages des personnages sont méticuleusement modélisés – de vrais acteurs ont prêté leurs traits pour renfoncer le réalisme de leurs expressions – mais leurs tenues bénéficient aussi de magnifiques textures. Les différents environnements que vous allez traverser sont splendides et très richement détaillés. C’est même dommage qu’on soit obligé, la plupart du temps, d’éloigner la caméra de l’action car même si on gagne en lisibilité, on peut aussi moins contempler le résultat du travail effectué. En tout cas, c’est une certitude : Wizards of the Coast, société détentrice des droits de Donjons & Dragons – à qui l’on doit également le célèbre jeu de cartes à collectionner Magic : The Gathering – a eu raison de confier sa licence à Larian Studios. Non seulement cet univers prend vie de la plus belle manière qui soit mais en plus, le respect du matériau original ne s’arrête pas là.

Même si vous n’êtes pas un connaisseur des jeux de rôles sur table, vous avez probablement déjà vu au moins une fois ces fameux dés à vingt faces. Baldur’s Gate 3 ne déroge pas à l’une des règles fondamentales de l’univers qu’il s’approprie et, ainsi, quasiment tout (ou presque) dans le jeu se décide à coups de lancers de ces dés particuliers. Ils interviendront principalement au cours des nombreux dialogues qui prendront place pendant votre périple. Quand bien même beaucoup de choix que vous pouvez faire sont libres, vous tomberez souvent sur des opportunités très particulières qui dépendent de certaines de vos caractéristiques comme le charisme ou la persuasion. « Les dés sont jetés ! » comme on dit, et la valeur tirée au hasard devra être supérieure ou égale à celle définie par les statistiques de votre personnage. En cas de réussite, vous progresserez sur une voie positive tandis qu’en cas d’échec, soit il ne se passera rien de particulier (vous n’avez pas réussi à convaincre quelqu’un par exemple), soit le contexte s’envenimera méchamment. Certains combats peuvent même être évités si vous parvenez à dissuader vos assaillants tandis qu’à l’inverse, certaines personnes peuvent vous attaquer si la chance n’est pas avec vous.

Le bémol, c’est que parfois le jeu vous donne l’impression d’avoir la possibilité de changer le cours des événements alors que c’est quasiment impossible, comme lorsqu’il vous faut – par exemple – obtenir un jet de dé supérieur ou égal à 18… à moins d’avoir énormément de chance ou d’être prêt à charger votre sauvegarde précédente aussi longtemps que nécessaire, vous ne parviendrez pas à modifier le destin dans ce genre de situation. Et on touche ici à un point fondamental de ce que sera votre expérience au sein de la Côte des Épées et il s’agit également d’un avertissement et d’un conseil de notre part pour améliorer votre expérience dans l’univers de Baldur’s Gate 3.

En effet, à tout moment, il peut se passer quelque chose que vous allez regretter ou vouloir changer. Parler à quelqu’un ou l’ignorer, lui répondre telle ou telle phrase plutôt qu’une autre, et surtout, échouer à un lancer de dé alors que vous auriez voulu – au contraire – valider le choix correspondant. Et bien que le jeu vous permette de sauvegarder manuellement votre progression sur suffisamment d’emplacements qu’il n’en faut, ne prenez pas l’habitude d’en abuser pour revenir en arrière car cela ne fera que hacher votre aventure. Le monde créé par les développeurs et sa réactivité sont immenses et le jeu dispose d’un potentiel de rejouabilité énorme alors si quelque chose ne se passe pas comme prévu la première fois, vous ré-essayerez la fois suivante. Les possibilités sont beaucoup trop nombreuses pour être toute vues et vous ne pourrez décemment pas profiter pleinement du jeu si vous ne vous laissez pas tout simplement porter par le destin.

Amour, gloire et role play

Il en va de même pour les relations que vous allez entretenir avec vos compagnons de route, à moins que vous ne préfèreriez rester seul – ce qui est toutefois un choix de vie difficile dans le monde dangereux que vous allez arpenter. En effet, très vite, vous aurez différentes opportunités de croiser la route d’autres individus qui vous rejoignent dans votre quête. Chacune de vos décisions aura un impact sur l’impression que vous leur laissez et ce qu’ils pensent de vous. Tous vous suivent dans cette aventure pour leurs propres raisons. Tous ont un passé qui leur est propre et ont une vision du monde différente. Ces relations que vous allez forger au cours du temps ne sont pas anodines et il est également possible d’être abandonné par ceux-ci si vos actions ne leur conviennent pas.

Il y a ainsi tout un équilibre à préserver et il ne s’agit donc pas simplement de l’épopée d’un héros qui est accompagné par d’autres personnages mais du voyage d’un groupe en tant que tel. Et vos acolytes n’hésiteront pas à vous soutenir ou à manifester leur mécontentement si vous ne faîtes pas ce qu’ils attendent de vous. Par exemple, Lae’zel veut aller droit au but et trouver ce guérisseur le plus vite possible même si cela signifie laisser des gens sur le côté. Si vous décidez d’aider ces gens, elle n’approuvera pas du tout votre choix là où d’autres personnages apprécieront votre compassion. Enfin, s’il est possible d’être détesté au point d’être abandonné, l’inverse est également possible à savoir dépasser le stade de l’amitié et entretenir une romance.

Lorsque vous vous reposerez à votre feu de camp, vous aurez l’occasion d’approfondir ces liens et d’en apprendre plus sur ces personnalités qui vous accompagnent. Après tout, une nuit au clair de lune autour d’un bon feu, il n’y a rien de tel pour délier les langues et attendrir les carapaces les plus solides. Mais attention, tout comme pour les autres dialogues du jeu, vous devrez être vigilant aux choix que vous faîtes pour ne pas froisser vos compagnons. Ils ne réagissent pas simplement à votre attitude au jour le jour mais également à la façon dont vous leur parlez, l’intérêt que vous leur portez, etc. Les nuits au coin du feu sont également l’occasion de discuter des derniers évènements qui se sont produits, ils n’hésiteront d’ailleurs pas à commenter vos choix s’ils n’ont pas adhéré à ceux-ci. Et quand enfin viendra l’heure de rejoindre les bras de Morphée, le feu de camp vous permettra tout simplement de récupérer l’intégralité de votre santé car le moins qu’on puisse dire, c’est que le monde qui vous entoure ne sera pas tendre avec vous.

Réfléchir à vingt fois avant d’agir

C’est une autre situation dans laquelle les jets de dé sont monnaie courante mais de manière beaucoup plus subtile à savoir pendant les nombreux combats que vous allez mener. Que ce soit pour déterminer si vous allez tomber sur cette surface glissante ou pour savoir si vous allez résister ou non à une attaque empoisonnée, vous verrez souvent apparaitre à l’écran un petit dé qui tourne et qui jouera un rôle déterminant sur l’issue de la bataille. Les jets de dé sont également utilisés lorsqu’un de vos partenaires subit un coup fatal. Il ne meurt pas sur le coup et doit subir un échec sur trois jets de dé pour céder réellement au trépas. Dans ce cas, un parchemin de résurrection sera obligatoire pour le réanimer. Dans le cas contraire, il suffira de se positionner à ses côtés et de lui apporter votre aide pour qu’il retrouve ses esprits. La mort n’est donc pas instantanée et ce n’est pas simplement parce-que les combats s’exécutent au tour par tour.

Alors qu’en temps normal, vos déplacements sont libres à l’écran, lorsqu’une bataille se profile à l’horizon, le jeu passe automatiquement dans un mode dit « tour par tour » où chaque unité prenant part au combat va agir en fonction de ses statistiques. Chaque « tour » est constitué de plusieurs actions possibles : vous pouvez vous déplacer pour changer de position (comme par exemple vous mettre dans le dos de votre adversaire avant de le frapper), vous pouvez attaquer une cible et, enfin, vous pouvez réaliser une action bonus particulière comme sauter, repousser un ennemi ou, comme nous venons de le voir, venir en aide à l’un de vos alliés sur le point de mourir. Les combats de Baldur’s Gate 3 sont très stratégiques. Le fait de pouvoir déplacer librement la caméra vous permet d’avoir une vision d’ensemble du champ de bataille et de la localisation de vos adversaires. Autre point commun avec le mode exploration qui s’avère utile ici : le fait de pouvoir déplacer séparément vos personnages en fonction de la situation. Ainsi, rien de mieux que prendre de la hauteur en tant qu’archer pour maximiser vos dégâts et vos opportunités. Et comme votre groupe peut être scindé en plusieurs parties, il est même possible d’avoir un groupe en train de combattre pendant qu’un autre se positionne en toute discrétion sur des positions plus avantageuses.

De même, n’hésitez pas à analyser votre environnement et à en profiter. Si, par exemple, l’un de vos ennemis se trouve sur une flaque d’eau, lancer un sort de foudre permettra d’électriser celle-ci pour le paralyser. Vous pouvez aussi mettre le feu à certaines surfaces ce qui occasionne des dégâts dans le temps ou rendre une surface glissante ce qui fait aléatoirement chuter toutes les unités qui la traverse, annulant ainsi leur tour. Vous pouvez exploser les barils à distance, éteindre le feu grâce à la pluie, bref ! Les possibilités, là aussi, sont nombreuses et peuvent vous apporter une aide inestimable. Mais faîtes attention car ces réactions environnementales vous concernent aussi ! Le cours de la bataille peut être inversé tout aussi bien dans un sens que dans l’autre.

Un accès anticipé loin d’être une Abberation 

Toutefois, cette richesse et cette complexité rendent les combats assez difficiles voire injustes. Même pour une simple attaque, le pourcentage de réussite ne dépasse que difficilement les 50% dans la plupart des cas. On rate beaucoup, vraiment beaucoup et on ne comprend pas vraiment pourquoi. Et autant on peut considérer les échecs lors des dialogues comme faisant partie intégrante de l’expérience Donjons & Dragons, autant c’est plus difficile à tolérer lorsqu’il s’agit des combats. Globalement, ceux-ci manquent d’ailleurs de lisibilité, un manque en partie dû à la grande complexité du jeu. L’interface fourmille d’éléments et c’est à nous d’en découvrir les rouages. On mettra bien évidemment l’absence de tutoriaux et d’aides contextuelles sur le compte de l’accès anticipé mais un minimum d’explications n’auraient pas été de refus surtout pour les néophytes du jeu de rôles sur table et les néophytes du jeu de rôles occidental made in Larian Studios.

Le jeu souffre également d’un manque de rythme inhérent au genre ce qui fait qu’il ne plaira pas à tout le monde. Baldur’s Gate 3 est un jeu dans lequel il faut s’investir pour l’apprécier dans ses moindres détails et qui va vous happer pendant très longtemps. On nous annonce une vingtaine d’heures pour cette mise en bouche mais en réalité, vous risquez d’y passer bien plus de temps que ça. Sachez également que l’aventure peut se découvrir entre amis, un mode multi-joueurs permet en effet de se mettre en mode « Communauté de l’Anneau » et de profiter de cette quête comme si vous y étiez. Vous pouvez, au choix, vivre une quête purement multi-joueurs avec d’autres joueurs ou alors tout simplement inviter des gens à vivre vos péripéties en rejoignant votre partie solo temporairement.

Comme dans Divinity : Original Sin, chaque joueur est libre de ses mouvements et peut vaquer à ses occupations de son côté. Très utile, par exemple, pour contourner un potentiel futur adversaire tout en l’appâtant à grands renforts de palabres. Mais vos invités peuvent aussi participer aux discussions et voter sur les différents choix à faire. Malheureusement, ce mode en ligne très sympathique souffre d’une certaine instabilité et il ne sera pas rare d’être obligé de recharger sa sauvegarde en raison d’un bug bloquant.

Pendant qu’on aborde les sujets qui fâchent – et ils sont nombreux, accès anticipé oblige – notons des cinématiques qui manquent à l’appel, des dialogues qui se lancent tout seul, des interactions avec l’environnement totalement bloquées, l’impossibilité de sauvegarder, la caméra qui se perd dans les méandres du level design, des quêtes impossibles à terminer… Vous l’aurez compris, la production des développeurs britanniques n’usurpe pas son statut de « early access ». Soyez donc prévenus, l’expérience que vous allez vivre en parcourant la région de la Côte des Épées sera tumultueuse et ne se fera pas sans heurts.

Mais si vous parvenez à aller au-delà de ces défauts, vous découvrirez un jeu d’une richesse incroyable. Oui, il faut aussi reconnaître que malgré toutes ces imperfections inhérentes à sa sortie précoce, le travail fourni sur le jeu est colossal et la base est étonnamment solide. Pour un jeu aussi complexe dans ses ramifications, on aurait pu s’attendre à un bilan catastrophique et il n’en est rien. Peu importe les choix que vous faîtes, aucune incohérence scénaristique n’est à relever. Le temps permettra au studio de corriger les bugs, d’améliorer le jeu sous ses différents aspects tout en ajoutant progressivement de nouveaux chapitres. La route est longue et difficile, mais elle s’annonce passionnante.

Vingt ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Baldur’s Gate 3 pour sortir du Plan Astral et devenir réalité. Entre temps, la licence est passée dans différentes mains et c’est finalement grâce à Larian Studios que le projet prend vie. Et de quelle belle manière ! Entre environnements splendides et personnages réussis, musiques envoûtantes et sublimes, le jeu ne manque pas d’arguments pour convaincre tous les amateurs de jeux de rôles qu’ils soient fans de l’univers de Donjons & Dragons ou non. Mais attention, il s’agit d’un accès anticipé et le jeu n’hésite pas à vous le rappeler régulièrement avec ses nombreux bugs anodins ou – malheureusement – bloquants. Pourtant, cette exclusivité Stadia (et PC) vaut le détour de part sa richesse et sa complexité qui impressionnent mais peuvent aussi effrayer. La durée de vie n’est pas en reste car même si seul le premier acte est disponible, il suffit à démontrer le potentiel de rejouabilité du titre. Finalement, la seule question à vous poser, c’est si vous êtes prêts à investir dès maintenant dans cet excellent jeu de rôles occidental ou si vous préférez attendre sa sortie officielle qui n’aura pas lieue avant l’année prochaine dans le meilleur des cas. Mais si vous tentez le voyage, vous ne le regretterez pas. Et pas besoin de jet de dé pour vous en assurer.

Un grand merci à l’agence RESET Public Relations pour nous avoir permis de tester le jeu.

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