Marvel’s Avengers : avec un grand pouvoir vient une grande rejouabilité ?

S’il y a un exercice qui s’est toujours révélé hasardeux et peu concluant, c’est bien l’adaptation d’oeuvres cinématographiques en jeux vidéo et vice-versa. Pourtant, quelques réussites surviennent parfois et c’est pour ça que lorsque les talentueux développeurs de Crystal Dynamics et l’un des plus gros éditeurs au monde – Square Enix – ont annoncé travailler sur un AAA de type « jeu service » dans l’univers de Marvel, on était en droit d’être sceptique et prudent. Alors que le jeu est enfin disponible après cinq ans de développement, il est grand temps d’embarquer à bord du Chimère pour sauver le monde en leur compagnie. Mais Marvel’s Avengers est-il un rêve devenu réalité ou une utopie qui aurait du rester inavouée ?

Tous les héros doivent commencer quelque part

C’est un jour très important pour le monde entier. Il s’agit du A-Day, une journée placée sous le signe de la fête afin de célébrer le nouveau quartier général des Avengers à San Francisco. Mais c’est également l’occasion pour le Docteur Tarleton de présenter ses travaux autour du « Terrigen », une nouvelle source d’énergie illimitée et non polluante. Bien loin de ces considérations environnementales et politiques, c’est aussi une journée importante pour la jeune Kamala qui vient rencontrer ses super héros préférés et présenter la fan fiction qu’elle a écrite dans le cadre d’un concours dont la finale a lieue aujourd’hui.

Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu. Une explosion retentit au loin sur le Golden Gate Bridge et c’est toute la ville qui, quelques minutes plus tard, se retrouve noyée dans une étrange brume qui va tuer une bonne partie de la population et donner des pouvoirs à ceux qui auront survécu. Surnommés très vite les « inhumains », ils vont être traqués par une nouvelle organisation née de cette véritable catastrophe qui aura eue raison des Avengers et du S.H.I.E.L.D. En incarnant la gentille et intrépide Kamala, le joueur va découvrir que cette entité – nommée l’A.I.M. – a comme véritable objectif de traquer les « inhumains ». Comment ? Pourquoi ? Dans quel but ? Autant de questions auxquelles la jeune fille tentera de répondre et qui la mettront sur les traces des Avengers au point de les réunir et de mettre un terme à cette menace.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la campagne de Marvel’s Avengers est une réussite. On retrouve tous les ingrédients qui font le succès des films du Marvel Cinematic Universe : une intrigue, de l’action, de l’humour mais aussi des moments attendrissants et un final épique en apothéose. L’écriture est assez intelligente, les enjeux montent crescendo et l’ensemble est mené tambour battant par le personnage de Kamala alias Ms Marvel qui parvient autant à nous faire rire qu’à nous émouvoir de part son côté « fanboy » des Avengers et sa volonté inébranlable de les aider et de faire le bien. La personnalité de cette jeune fille entière et vraie met en exergue les défauts de chaque membre de l’équipe mais c’est aussi ce qui finira par les rassembler envers et contre tous. 

Une véritable bouffée de fraîcheur qui permet de guider l’ensemble du récit pendant environ une quinzaine d’heures. Une campagne plus qu’honnête donc, là où les jeux du même genre ne dépassent guère les cinq ou six heures tout en tombant souvent dans le piège de ce qu’ils sont. Ici, la campagne alterne intelligemment entre missions scénarisées qui lorgnent sans honte du côté des aventures de Nathan Drake dans « Uncharted » au niveau de leur structure et missions plus ancrées dans le coeur du gameplay « jeu-service » du titre. Quelques occasions disséminées ça et là pour nous présenter plus en détails les zones ouvertes (ou zones de guerre) et ce que sera le jeu une fois l’entrée terminée et le plat de résistance entamé. Et si vous souhaitez faire durer un peu plus le plaisir, d’autres missions annexes sont également disponibles comme les missions emblématiques – des quêtes et objectifs où on incarne exclusivement chacun des héros – et les défis H.A.R.M. vous mettant face à des vagues d’ennemis de plus en plus nombreux et dangereux.

Le bien, ce n’est pas ce qu’on est, c’est ce qu’on fait

Cette poignée d’heures en compagnie de nos super héros est une introduction idéale car il s’agit d’une excellente occasion de se familiariser avec chacun d’entre eux autant en terme d’histoire que de gameplay. C’est, d’ailleurs, une force de ce Marvel’s Avengers : chaque personnage qu’on incarne se joue de manière unique par rapport aux autres. On a par exemple Captain America qui se bat principalement avec son bouclier et qui est tout aussi à l’aise pour l’utiliser au corps et à corps que pour le lancer sur plusieurs ennemis ou encore Hulk qui est plus lent mais qui dispose d’une force de frappe sans égale. Black Widow à l’inverse est l’agilité même, une vraie gymnaste capable d’enchainer les figures acrobatiques et de se retrouver instantanément au coeur de la mêlée avec son grappin sans oublier Thor et Iron Man, tous deux capable de voler, mais qui ont chacun une approche différente dans la façon de se battre.

De manière plus pragmatique, chaque personnage dispose d’attaques légères et d’attaques lourdes et peut alterner celles-ci pour réaliser des combos. Ils peuvent également attaquer à distance et disposent de trois compétences uniques pour renverser le cours d’un combat. Il existe également un mécanisme de parade permettant d’éviter certaines attaques ennemies ou de les contrer directement mais autant il est possible d’esquiver à l’infini, le contre est, de son côté, limité à une jauge de volonté qui se vide ou se remplit en fonction du personnage et de comment vous jouez avec. Si vous parvenez à asséner un coup critique, vous pouvez alors enchainer sur un coup de grâce, un mouvement qui se veut un peu plus spectaculaire mais qui porte mal son nom car il est souvent possible de le déclencher sans pour autant tuer son adversaire.

Marvel’s Avengers n’est pas qu’un jeu d’action, c’est aussi un jeu de rôles. Les différentes possibilités offertes s’étoffent au fur et à mesure que vos héros montent en niveau. Chacun d’entre eux dispose de trois arbres de compétences permettant d’acquérir de nouveaux coups, de nouveaux combos ou d’attribuer certains bonus passifs à vos compétences. Ce n’est pas vraiment le genre de jeux où on s’attend à personnaliser son héros préféré à outrance – la personnalisation n’est pas extrêmement poussée – mais vous pourrez quand même l’orienter dans certains rôles particuliers. L’équipement est également très important car même si pendant la campagne, vous n’y prêterez pas trop attention et sélectionnerez simplement les pièces les plus puissantes, à terme vous remarquerez qu’il est préférable de regarder les effets qu’elles ont sur vos statistiques.

Il y a quatre statistiques principales qui sont l’attaque, la défense, l’attaque à distance et l’héroïsme et votre équipement influe directement sur celles-ci. Vous comprendrez qu’il est parfois préférable de s’équiper d’une pièce d’un niveau moins élevé mais qui applique pourtant de meilleurs pourcentages sur vos caractéristiques. Enfin, chaque pièce peut être améliorée en échange de matériaux que vous récoltez dans la nature et sur vos ennemis. Cette amélioration permet de débloquer des bonus passifs ou tout simplement d’améliorer la puissance de l’objet. La campagne et bon nombre de missions permettent aussi de récolter des comics, des objets à collectionner qui augment légèrement l’ensemble de vos statistiques.

Il y a toujours un méchant qui menace la planète

Terminer la campagne de Marvel’s Avengers ne sera que la première étape dans votre quête visant à sauver le monde. En effet, ce n’est une surprise pour personne – étant donné que le jeu est estampillé « jeu-service » par ses développeurs – la fin de la campagne n’est en réalité que le début. Et comme dans tout bon film du MCU qui se respecte, une scène post-générique n’hésitera pas à vous montrer qui sera votre prochain adversaire tout en semant quelques graines de mystère autour de ce qui vous attend pour la suite. Lorsque vous reviendrez à bord de votre vaisseau, vous serez accueilli par quelques cinématiques posant les futurs enjeux et des missions à foison. Bien sûr, on ne va pas vous spoiler quoique ce soit de l’intrigue. Ces missions servent surtout à débloquer les principaux challenges de cette première saison de contenus.

On vous en parlait déjà lors de notre récap’ mais votre temps sera partagé entre différents types de missions : les abris du S.H.I.E.L.D., les ruches, les secteurs de méchant et les laboratoires secrets de l’A.I.M. Malheureusement, même si les approches sont différentes, on retrouve beaucoup de redites dans ces contenus. Seuls les abris du S.H.I.E.L.D. se basent sur une mécanique totalement originale et différente. Vous devez y ouvrir une porte blindée en déchiffrant un code à trois reprises tout en faisant face à des vagues d’ennemis de plus en plus nombreux et agressifs. Les autres destinations ne font que répéter et changer l’emballage de ce que vous avez déjà fait plusieurs fois auparavant entre points d’intérêt à défendre, éléments à détruire avant la fin d’un temps imparti, etc.

Mais le gros point fort du jeu une fois ce moment atteint – qui pourrait également être son point faible par ailleurs – c’est surtout sa courbe de progression absolument généreuse. Alors que dans d’autres jeux du même style, on se demande parfois à quoi ça sert de jouer tellement les récompenses obtenues ne servent à rien ou tant l’évolution de son personnage est lente, dans le cas présent, les différentes missions et défis proposés sont une source d’XP et de loots importants. Il n’est pas rare que notre personnage gagne un ou deux niveaux et plusieurs niveaux de puissance d’équipement en une seule mission. Par ailleurs, on vous conseille de toujours bien explorer les zones ouvertes du jeu où sont souvent cachées pas mal de coffres. La courbe a cependant tendance à ralentir une fois votre niveau de puissance supérieur à 130, le seul moyen d’atteindre le hardcap fixé à 150 lors de l’écriture de ce test étant d’améliorer votre équipement existant.

Si vous aimez les défis, rien ne vous empêche également de sélectionner une difficulté plus élevée quand vous lancez une mission. De Défi I à Défi IV, ce niveau de difficulté augmente la robustesse de vos adversaires mais également le niveau de vos récompenses. Le revers de tout ceci, c’est que nos super héros évoluent très vite sachant que le niveau maximum est actuellement fixé à 50. Certains vous diront que vous pouvez intégralement monter les six héros déjà disponibles mais en réalité, si vous souhaitez vous focaliser sur un seul personnage, il est difficile d’imaginer que ce contenu, dense en apparence, suffira à vous tenir en haleine sur le long terme. A défaut, il devrait toutefois vous permettre de largement rentabiliser votre achat.

Vous faîtes le beau avec votre armure mais sans elle, vous êtes quoi ?

Mais pour faire durer le plaisir, vous pouvez aussi faire monter votre niveau d’affinité auprès des différentes factions présentes à savoir le S.H.I.E.L.D. et l’Alliance des Inhumains. Chacune d’entre elles vous proposent une mission et des tâches quotidiennes afin d’engranger de l’XP de faction et certaines récompenses uniques comme des clés génétiques – seul moyen d’ouvrir certains coffres dans les zones de guerre – ou des ressources rares pour améliorer certaines parties de votre équipement qui le sont tout autant. N’oublions pas également les cartes de défis propres à chaque super héros et qui sont souvent comparées – à tort – aux « battle pass » qu’on retrouve dans d’autres jeux en ligne. En ce qui concerne Marvel’s Avengers, il s’agit d’une série de récompenses dont l’accès se débloque en fonction du niveau de défi de votre personnage. Ce niveau augmente au fur et à mesure que vous jouez en accomplissant des défis quotidiens et hebdomadaires et les plus pressés pourront mettre la main au porte-monnaie pour débloquer directement les récompenses de leur choix.

A noter que les cartes de défis des six héros proposés au lancement sont directement débloquées mais que pour les héros qui seront disponibles par la suite, il faudra débourser la modique somme de dix euros, en plus donc, des euros que vous pourriez investir pour débloquer les dites récompenses. Même « les plus belles fesses de l’Amérique » en la personne de Captain America ont un peu mal pour le coup… Mais le système n’est pas encore très clair : les développeurs parlent en effet de cartes de défis « premium » ce qui laisse suggérer que le fait de payer les dix euros demandés donnerait surtout accès à des récompenses particulières et uniques à ces versions premium, ce qui serait logique par rapport aux systèmes établis par la concurrence. Sachez également que si vous ne souhaitez pas dépenser le moindre sou dans les cosmétiques du jeu, il est toujours possible d’en débloquer en jouant. Certaines missions donnent régulièrement des jetons pour débloquer aléatoirement des costumes et les vendeurs présents dans les deux hubs principaux du jeu vendent également les différents types de cosmétiques contre des unités, une monnaie qui se gagne uniquement en jouant.

Et tu penses que le monde se porte mieux sans nous ?

Pour la suite, on marche un peu en terra incognita car tout ce qu’on sait, c’est que de nouveaux personnages feront leur apparition bientôt comme Kate Bishop au mois d’octobre et Clint Barton au mois de novembre et qu’ils seront toujours accompagnés d’une campagne pour les débloquer. Un système intéressant qui pourrait permettre de relancer continuellement l’intérêt du titre si les mises à jour s’avèrent être mensuelles mais qui pourrait montrer ses limites si les missions et leurs objectifs ne se diversifient pas un peu plus. Mais certains sont capables de jouer pendant des mois à un même jeu alors même que ce dernier n’a plus rien de neuf à leur proposer. Tout dépendra donc finalement de votre ténacité et de votre propension à jouer à ce genre de jeu. Il est trop tôt actuellement pour se prononcer sur le destin à long terme de Marvel’s Avengers. Ce qui est certain en revanche, c’est que les qualités intrinsèques sont là, on attend de voir ce que l’avenir nous réserve.

Sauver le monde, ce n’est pas de tout repos et ça ne se fera pas sans heurts non plus. Même s’il est possible de bénéficier d’une expérience globalement sans accrocs, le jeu est quand même plombé par de nombreux bugs qui vont de l’anomalie mineure comme des bugs d’affichage à des anomalies plus gênantes comme un personnage bloqué ou des objectifs qui ne progressent pas et qui obligent le joueur à recharger le dernier point de contrôle voire à recommencer sa mission depuis le début. Captain America qui n’est plus en mesure de lancer son bouclier, Ms Marvel dont seuls la tête et le burkini apparaissent, Iron Man capable de voler au-delà des limites du niveau et crashs du client du jeu avant d’avoir eu ses récompenses, on passe du comique au rageant en un claquement de doigt. Heureusement que Thanos ne fait pas partie de l’histoire, cette fois. On aura tendance à observer également des ralentissements et des saccades lorsqu’il y a beaucoup trop d’ennemis à l’écran.

Un petit mot sur l’aspect multi-joueurs qui est très bien conçu avec un système de groupe (ou équipe d’assaut) qui permet d’inviter des amis, remplir l’effectif grâce à un système de matchmaking ou via des héros contrôlés par l’IA voire tout ça en même temps. On a donc une certaine flexibilité sur la mise en place de notre équipe et c’est appréciable. On aurait aimé quand même pouvoir sélectionner soi-même les héros contrôlés par l’IA.

Malheureusement, le matchmaking fonctionne très mal. D’aucuns diraient que c’est lié à la plateforme Stadia en elle-même sur laquelle il est bien compliqué encore de trouver des joueurs lorsque les jeux ne sont pas cross play. Mais surtout, le système de matchmaking semble cassé sur toutes les plateformes. Impossible donc d’imputer la faute à Stadia ou à Crystal Dynamics pour le moment. Malgré cela, on espère voir arriver du cross play un jour..

En dehors de ces soucis techniques, le jeu est une véritable réussite sur le plan graphique. Les textures sont belles et détaillées, les modèles sont assez riches et bien animés et le jeu se paye même le luxe d’être plus joli que sur PS4 Pro et XBox One X. Comme sur celles-ci, vous pouvez sélectionner un mode « Performances » avec une résolution de 1080p et un framerate qui oscille entre 40 et 50 FPS ou un mode « Résolution » qui affiche le jeu avec une résolution 4K mais il faudra composer avec un framerate verrouillé à 30 FPS. On aurait aimé aussi une mise en scène un peu plus pêchue mais force est de constater que dans les grands moments épiques, ça fait le boulot, le tout servi par une bande originale qui ne restera pas dans les annales mais qui accompagne parfaitement le joueur dans l’action et souligne très bien les moments plus calmes. 

Marvel’s Avengers est un peu à l’image de la bande de super héros qu’il réunit dans son casting. Entier et fidèle à ses idées comme Captain America, il propose un gameplay nerveux comme Hulk mais sans aller au fond de ses idées comme s’il avait peur de mal faire, à l’instar de son alter ago Bruce Banner. Parfois surprenant comme une Black Widow en mode furtive, il lui manque peut-être juste un peu de la folie si caractéristique d’Iron Man. Mais pour un titre aussi jeune que cette chère Ms Marvel, le résultat est pourtant déjà aussi explosif que lorsqu’ils sont réunis tous ensemble. Et même s’il est légitime de se poser des questions quant à l’avenir de ce « jeu-service » sur le long terme, la proposition initiale se veut suffisamment riche et complète avec sa campagne principale d’une quinzaine d’heures, ses missions annexes et sa première saison de contenus. Alors Avengers… Rassemblement !

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