Watch Dogs : Legion, who let the dogs out ?

Que ce soit pour explorer le passé grâce à l’ADN ou pour sauver le monde d’une terrible pandémie, Ubisoft s’est démarqué depuis plus d’une décennie par sa faculté à créer des environnements réalistes ou reconstituer de nombreuses villes du monde comme New York, Washington ou Paris. L’éditeur français continue sur sa lancée avec Watch Dogs : Legion, le troisième épisode de sa saga d’anticipation éponyme qui – après nous avoir fait déambuler dans les rues de Chicago et San Francisco – nous emmène cette fois à Londres. Depuis le temps, la formule “Ubisoft“ a été maintes fois éprouvée et pourtant, dans les mains du studio de Toronto, elle prouve qu’elle a encore du chien. Oui, nous avons osé ce jeu de mot.

London is drowning and I live by the river

Depuis des années, le “ctOS“ – un système informatique hyper connecté – envahit les rues de nombreuses villes et le quotidien de tous. Et là où il est déployé se trouve toujours un groupe d’hackivistes nommé “DedSec“ qui lutte contre son utilisation abusive. Que ce soit pour protéger la vie privée des citoyens ou pour empêcher certaines organisations de mener à bien leurs projets, ce regroupement d’anonymes s’est vite fixé comme mission de mettre un terme aux agissements de la société Blume Corporation, créatrice originale de ce fameux système d’exploitation. Mais en 2040, à Londres, c’est une mission d’une toute autre envergure dont s’occupe “DedSec“.

En effet, des bombes ont été détectées dans les sous-sols du parlement britannique et c’est l’agent Dalton Wolf de s’occuper de cette mission. Malheureusement, alors que l’opération se déroulait à merveille et qu’il était parvenu à désamorcer les bombes, il se rend compte que ce n’était qu’un leurre. Alors que Dalton est tué par un mystérieux membre d’une organisation qui se fait appeler “Zero Day“, d’autres bombes explosent à des endroits stratégiques de la ville provoquant un attentat terroriste comme jamais les londoniens n’en avait connu auparavant. Très vite, “DedSec“ est accusé et se disloque totalement. Le gouvernement abandonne ses concitoyens et la société paramilitaire Albion prend le contrôle de la ville.

Mais heureusement, Sabine – la chef de l’antenne londonienne de “DedSec“ – a survécu et commence à mettre en place la résistance. Et vous en faîtes partie. Le nom de votre groupe doit être innocenté et la ville doit être libérée du joug de Nigel Cass, le PDG d’Albion, qui vous estime publiquement coupable des attentats. Autant dire que la route sera longue avant de pouvoir atteindre ces objectifs d’autant plus que la ville entière vous considère également coupable. Toutefois, vous pourrez compter sur le soutien de bon nombre d’habitants qui ne supportent plus le totalitarisme qui leur est imposé.

Revenge is a kiss this time I won’t miss

Et c’est la grande nouveauté de ce troisième épisode : vous n’incarnez plus un personnage en particulier mais n’importe quel résident de Londres. Lorsque vous déambulez dans les rues, vous pouvez recruter qui bon vous semble parmi les innombrables passants que vous croisez. Une simple pression sur une gâchette et leur profil s’affiche : métier, occupation, dernière activité connue et, surtout, compétences particulières, de quoi faire son choix en connaissance de cause. Ces compétences donnent accès à des tenues diminuant la vigilance des ennemis, des armes particulières comme le fusil de paint ball ou le pistolet à clous ou des perks particulières comme une furtivité accrue.

Ces profils, tout comme le modèle de ces personnes, sont générés aléatoirement. Il ne faut donc pas hésiter régulièrement à regarder les informations dont vous disposez pour trouver les personnes de votre choix. Cela pourrait même constituer un petit plaisir pour certains d’entre vous, dans le but de créer l’équipe d’agents parfaite. Vous pourriez même tomber sur certaines personnes, disons… atypiques au cours de pérégrinations. Mais avant qu’une personne accepte de vous rejoindre, il faudra lui venir en aide. Une petite quête se déclenche alors où on vous demande, par exemple, d’aller pirater quelque chose à un certain endroit. Ensuite, votre recrue devient disponible à tout moment dans la liste des agents. Vous pouvez même la croiser au hasard dans les rues de la ville ou dans la planque, attendant son heure de gloire.

Il faut avouer que le système est très intéressant bien qu’il ne soit pas exempt de défauts. On appréciera notamment les nombreux efforts réalisés par Ubisoft pour rendre ces différents personnages plus ou moins uniques en leur genre. En effet, ils ont tous une façon un peu différente de parler, des expressions que d’autres n’ont pas et le jeu est intégralement doublé ce qui fait qu’ils ont des voix différentes les uns des autres. Globalement, on ne tombe jamais sur une personne s’exprimant tout à fait pareil, ce qui est appréciable. Soulignons également les nombreuses interactions (principalement vocales) qu’ils ont entre eux ce qui donne vraiment le sentiment d’appartenir à un groupe, un peu comme si au-delà de vos occupations, ils avaient leur propre vie et leurs propres missions en parallèle.

Mais malheureusement, à côté de cela, les personnages n’ont pas vraiment de personnalité ce qui fait qu’on ne s’attache pas vraiment à eux. Malgré les efforts consentis par Ubisoft, il faut avouer que le doublage est inégal et que la mise en scène est, pour ainsi dire, inexistante. Ce décalage est renforcé par le fait que les personnages principaux bénéficient quant à eux d’un doublage de qualité. Mention spéciale à Bagley, l’IA qui vous accompagne tout au long du jeu, avec son ton plein d’ironie et ses nombreuses vannes qui font mouche.

Si vous souhaitez rendre vos recrues un peu plus uniques, vous pourrez compter sur une multitude de vêtements que vous pourrez acheter dans les nombreux magasins présents, moyennant un peu de crypto-monnaie que vous pouvez dénicher un peu partout ou en récompense des missions. Manteaux, chapeaux, masques, pantalons, tee-shirts, chaussures, la liste est longue et d’autre part, elle n’est pas verrouillée en fonction du genre. Si vous souhaitez habiller un homme avec une robe ou une femme avec des vêtements plus typés masculins à la base, par choix ou pour le fun, vous êtes totalement libre de le faire. Un peu d’ouverture sociale dans une ville informatiquement fermée, ça ne peut pas faire de mal.

Côté gameplay, votre appréciation dépendra surtout de la difficulté que vous aurez sélectionné pour jouer. Si vous êtes en mode Facile, vous ne ressentirez pas le besoin de recruter beaucoup d’agents, il y a même de fortes chances que vous restiez tout le long de la campagne narrative avec un petit noyau dur de deux ou trois agents maximum. En revanche, si vous jouez en mode Difficile, vous serez obligé de recruter des agents de différents profils pour exploiter toutes leurs capacités afin de réussir vos missions sans trop de problèmes. Un constat encore plus vrai si vous activez le mode “Mort permanente“ qui fait que – comme son nom l’indique – chaque agent tué en mission disparaît définitivement au lieu d’être simplement mis hors jeu temporairement.

I guess I’ll die another day

Pour parvenir à vos fins dans les différentes missions qui vous seront assignées, le plus important de vos atouts est votre smartphone estampillé “DedSec“. Ce dernier vous permet d’accéder librement au système “ctOS“ de Londres, porte ouverte vers n’importe quel appareil électronique qui y est relié. Des smartphones aux caméras de surveillance, en passant par la myriade de drônes et ordinateurs qu’on trouve un peu partout, rien ne vous résistera. Et si c’est le cas, il doit bien y avoir une clé à pirater quelque part. Pour cela, il faut la trouver et rester à proximité le temps de la télécharger, ce qui n’est pas forcément une mince affaire. Parfois, un système sera verrouillé tant que vous n’aurez pas résolu une petite énigme qui vous demande de relier au réseau un point A à un point B. Vous devrez alors explorer les environs – souvent à pieds, parfois en drônes, pour trouver différents noeuds sur le réseau et les orienter correctement.

Mais vous disposez aussi d’une panoplie d’armes et de gadgets en tout genre que vous débloquez en ramassant des “Points Tech“ cachés un peu partout dans les environnements. Des armes paralysantes pour se débarrasser des gardes sans les tuer ou des armes létales pour mettre un terme définitif aux menaces qui vous guettent, une araignée mécanique qui peut s’infiltrer partout et se camoufler, un mécanisme de réalité augmenté capable de dissimuler les corps que vous laissez derrière vous – bref ! – le choix est appréciable. D’autant plus que les différents bâtiments que vous allez infiltrer proposent toujours différentes approches possibles, certaines même bien cachées mais qui vous récompensent par un accès privilégié à votre objectif.

Toutefois, il faut reconnaître que votre “boîte à outils“ n’est pas très étendue et que rien ne vient réellement renouveler le gameplay au fil des heures. De la même façon que vous ne varierez probablement pas beaucoup les agents que vous utiliserez en mission, vous trouverez vite votre préférence au niveau de vos accessoires et utiliserez sans doute les mêmes jusqu’à la fin. De la même façon, toutes les missions, même les plus scénarisées, peuvent se résumer aux mêmes objectifs qui s’accomplissent peu ou proue de la même façon. Un brin de lassitude pourrait donc se faire sentir au bout d’un moment et pourtant, ce n’est pas le cas. Watch Dogs : Legion a d’autres atouts dans sa manche pour vous maintenir en haleine.

We will stand tall, face it all together

La première chose qui vient en tête si on doit énumérer les points positifs de cette escapade londonienne, c’est bien évidemment le personnage principal de cette quête de vengeance informatique : la ville de Londres elle-même. La capitale du Royaume-Uni est saisissante de réalisme (toute proportion gardée vu que le jeu se déroule en 2040) et c’est un vrai régal pour les yeux. Les différents quartiers ont leur propre identité et les différents lieux visités fourmillent de détails. Camden, Westminster, le centre- ville, on retrouve aussi de nombreux détails sonores qui nous plongent dans une ville plus vraie que nature. Finis les éléments de décors qui volent et autres étrangetés, au fil des années, Ubisoft a clairement atteint une vraie maturité en matière de monde ouvert.

D’ailleurs, ces différents quartiers devront être libérés et pour y arriver, vous devrez regagner la confiance des habitants. Vous devrez accomplir quelques objectifs comme remplacer les messages de propagande d’Albion pour des messages signés “DedSec“ ou encore obtenir des preuves de l’implication de la société de Nigel Cass dans certains crimes sévissant dans le quartier. Un objectif annexe qui n’est, certes, pas nouveau dans les productions du studio d’origine bretonne mais qui fonctionne bien et s’intègre parfaitement au scénario. On ne saurait trop vous conseiller de ne pas oublier ces quartiers car cela permet de débloquer des fonctionnalités très utiles comme le piratage des drônes et des tourelles.

Autre point positif qui participe grandement à ne pas ressentir de lassitude au fil du temps : le scénario. L’histoire de Watch Dogs : Legion est, à notre plus grande surprise, prenante, très efficace et pleine de rebondissements. On se croirait parfois en plein “James Bond“ : s’infiltrer dans des lieux emblématiques de la capitale britannique puis s’échapper avec une navette sur la Tamise, c’est vraiment classe. Angleterre oblige sans doute. Finalement, la campagne du jeu est assez longue en elle-même, sans compter les nombreuses missions annexes qui vous seront assignées par certains personnages qui finiront par soutenir votre cause.

L’histoire est divisée en plusieurs chapitres, chacun axé sur l’un des antagonistes principaux qu’il soit humain ou moral, avant que l’échiquier se mette en place et amène à un final explosif. Ce découpage permet d’offrir de mini-histoires indépendantes qui gardent un fil rouge avec l’objectif principal de “DedSec“. On est obligés de penser à la série Black Mirror, d’ailleurs, tant les antagonistes – aussi abominables qu’ils soient – nous montrent différentes façons dont la technologie peut être détournée. Un propos qui se veut donc très sérieux et qui tranche avec le côté “hackers cool“ de l’épisode précédent, le tout étant enrobé d’enquêtes et d’infiltrations dignes d’une aventure de James Bond.

On a aiméOn a moins aimé
– Le monde ouvert saisissant de réalisme
– L’histoire plus sérieuse et prenante
– Des antagonistes cruels loin d’être manichéens
– Le doublage (VF) des personnages principaux est excellent
– Il y a beaucoup à faire dans cette Londres, plus vraie que nature
– Le système de recrutement, original et grisant
– La gestion des collisions laisse à désirer
– Le doublage (VF) des agents est inégal voire mauvais
– Le système de recrutement s’efface trop en mode Facile


N’hésitez pas également à aller consulter l’avis en vidéo de Benkok13 sur notre chaîne YouTube.

Sur fond d’attentat et de vengeance, Ubisoft Toronto lâche les chiens et nous livre un monde ouvert incroyable de réalisme et de richesse. Londres est le théatre d’une histoire prenante qui nous tient en haleine tout du long grâce à ses antagonistes cruels et dénonçant les dérives de la technologie qu’ils exploitent. Le nouveau système permettant d’incarner n’importe quel personnage n’est pas sans défauts mais fonctionne, apportant un souffle d’air frais à la saga. Que vous soyez amateur de jeux d’aventure en monde ouvert ou fan de la série, on ne peut que vous conseiller cette escapade londonienne futuriste, certes inégale, mais globalement réussie.

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